« LE PIANO » DE DREWNOWSKI


L’extrême légèreté de la main, préconisée par Chopin lui-même (une  main « bénissant le clavier », disait Norwid ) distingue, non seulement la technique pianistique de Drewnowski, mais son esthétique tout entière. Dans les pages les plus dramatiques du grand poème chopinien la main de l’interprète opère comme en apesanteur, elle semble obéir à ces puissances de l’air et du vent, dont Liszt disait qu’elles faisaient « onduler la mélodie  (de Chopin) comme une apparition aérienne ». Rafales de la passion en furie, qu’une brise tendre soudain apaise, le pianiste varsovien les évoque comme des aspirations vers les hauteurs de l’Idéal. L’Immatériel déploie tout naturellement le rythme et la danse qui est envol, essor, et les vibrations de la voix, qui imite la respiration de l’âme. N’est-ce point une voix, aussi bien, que Chopin appellera au chevet de son lit d’agonie, celle, en l’occurrence, de son amie Delphine Potocka, la priant de chanter pour lui une dernière fois (le 15 octobre 1849) ?


L’affinité du tempérament artistique de Drewnowski avec l’écriture chopinienne le conduit à renouveler profondément l’idée qu’on se fait souvent de ce génie singulier. A détruire, en premier lieu, le mythe (ou le cliché) d’un Chopin mélancolique et souffreteux, au profit d’un créateur qui a su transfigurer le tumulte du cœur humain, le cri de sa douleur consubstantielle, en « harmonies éblouissantes » (Ravel). Drewnowski marie l’Air et le Feu. Sa technique restitue cette « attaque » ou cette  « approche » digitale du clavier spécifiquement chopinienne, qui échappe à la plupart des interprètes. L’intensité du lyrisme se manifeste ici à travers la richesse des modifications sonores que le pianiste multiplie avec une virtuosité stupéfiante. Et qu’il enchaîne comme de purs reflets des métamorphoses de l’âme. La clarté du discours musical chez Drewnowski révèle en transparence cette félicité et cette allégresse évidentes ou secrètes dans la poésie de Chopin, cette sérénité empreinte de tendresse, qui joint la ferveur à l’ironie inséparable de la plainte et des larmes. Une perspective assez rare dans les versions antérieures. Marek Drewnowski ressuscite au cœur du romantisme chopinien le « siècle des lumières »,  siècle de l’esprit, dans tous les sens du mot.


Un Chopin « classique » ? Issu du classicisme en tout cas, qui révérait Bach et Mozart, mais qui annonce aussi bien Ravel, Debussy, Szymanowski.
L’Intégrale de Chopin par Drewnowski propose, ainsi, une version inédite, qui se signale par ses qualités d’élégance et sa parfaite maîtrise du « pathos » chopinien.


NOTICE BIOGRAPHIQUE


Pianiste, chef d’orchestre, professeur (Académie de musique de Lodz, Pologne, Schola Cantorum, Paris), acteur et co-producteur de films sur Chopin, Marek Drewnowski est l’une des figures les plus créatives de la scène artistique contemporaine et l’un des plus grands interprètes, aujourd’hui, de l’œuvre de Chopin.


Né à Kolobrzek (Pologne), diplômé de l’Académie de musique de Varsovie et de l’Ecole supérieure de musique de Cracovie, où ses maîtres (Z. Dziewiecz et J. Hoffman) reconnaissent ses dons exceptionnels, il amorce sa carrière avec l’enregistrement de 12 sonates de Scarlatti. Impressionné par le talent du jeune virtuose, L. Bernstein l’invite à prendre part à la série des concerts de l’Orchestre Symphonique de Boston. Il se produit dès lors dans les salles les plus prestigieuses d’Amérique, d’Europe et d’Extrême-Orient. Dans son propre pays il se trouve à l’origine de nombreux événements musicaux : création mondiale du concerto pour piano de Stefan Kisielewski, (Festival d’Automne de Varsovie, 1991) et, à cette occasion, Prix « Orphée » des Critiques Musicaux; participation comme acteur et co-producteur ( avec Izabela Cywinska et Krzystof Zanussi ) au tournage de plusieurs films sur Chopin ; enregistrement de la 4e Symphonie concertante de Szymanowski (1991). Aux côtés d’artistes célèbres, il participe à la commémoration en 1989 du 50e anniversaire de la Seconde Guerre Mondiale. La fondation en l992 du quintette et orchestre de chambre « The Chopin Soloists » consacre sa renommée de pianiste chopinien.


THE CHOPIN SOLOIST ET LA TRIPLE VERSION DES CONCERTOS DE CHOPIN

6 février 1832: interprétation du concerto en Mi mineur avec quintette à cordes chez Pleyel à Paris.
Leipzig 1833: publication d’une version quintette du Concerto en mi mineur.
La même année: première exécution à Paris par Chopin lui-même du Concerto selon cette version.

Drewnowski raconte :
« L’idée d’interpréter les Concertos de Frédéric Chopin avec l’accompagnement d’un quintette d’instruments à cordes est née lors de mes études sur la biographie du compositeur. J’ai découvert que lors des premières interprétations en présence du professeur de Chopin, Josef Elsner, les concertos étaient joués comme de la musique de chambre. J’ai décidé de retrouver le manuscrit et j’ai réussi à me procurer la version de chambre du concerto en mi mineur publié en 1833 à Leipzig par Friedrich Kistner. Pour le concerto en fa mineur, j’ai décidé d’écrire ma propre transcription. »


L’affiche de concert reproduite ci-contre et datée de 1833 témoigne de l’existence et de l’exécution à l’époque de Chopin de trois versions des concertos: avec quintette, avec orchestre de chambre et avec l’orchestre symphonique. Et le prix d’entrée varie selon les versions !
L’extraordinaire découverte représente un des grands axes de la carrière musicale de Drewnowski, qui fonde l’ensemble The Chopin Soloists et va exporter dans le monde entier la version-quintette des Concertos de Chopin. …Petite révolution dans le monde musical polonais…bientôt convaincu et enthousiaste ! Les Concertos restitués dans leur version originelle révèlent leur véritable nature, essentiellement pianistique.


La carrière du pianiste et du chef d’orchestre s’ouvre au-delà de l’Europe, vers les Etats-Unis et l’Afrique, conquiert le Moyen-Orient (Israël, Palestine, Jordanie, Egypte…) et l’ Extrême-Orient (Japon, Corée).


Discographie :


L’Oeuvre Intégrale de Chopin fait suite à de nombreux enregistrements consacrés à des compositeurs classiques et contemporains (Mozart, Beethoven, Chopin, Weber, Lutoslawski, Szymanowski). Brillant interprète de l'oeuvre pianistique baroque, spécialiste de Scarlatti, Drewnowski est un passionné de Beethoven. En projet : une intégrale des Sonates de Scarlatti.
Cf la discographie complète de Marek Drewnowski sur le site :

www.drewnowski.pl
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